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A la frontière de l’art et de la publicité

rurart Jérémy Hutchison

rurart Jérémy Hutchison exposition

Au centre d’art contemporain Rurart, l’exposition « i- » de Jérémy Hutchison est pour le moins étonnante, surprenante, questionnante. Ce jeune artiste anglais de 30 ans s’amuse à jouer avec les codes de la publicité, interroge notre société de consommation et notre relation à l’art.

Après dix années passées à travailler pour une agence de communication à New York sur les campagnes publicitaires des grandes marques, il se consacre à son projet « Erratum ». Tout part de l’anecdote d’un ouvrier assemblant des iPhones : il laisse tomber exprès son tournevis par terre pour pouvoir sortir du cadre, de ces objets parfaits, de la machine. « L’objectif de Jérémy Hutchison est alors de réaliser des pièces uniques avec un défaut », explique James Chaigneaud, nouveau coordinateur de l’action culturelle de Rurart. Des usines acceptent de jouer le jeu, de détourner leur machine

l’histoire d’un objet. Ainsi sont réalisés : une pipe bouchée, une canne en deux parties, une râpe sans trou, une chaussure à deux talons … Ces objet fonctionnels devenus dysfonctionnels sont alors mis en scène dans de véritables publicités. « Il a ainsi créé une marque et en utilise tous les codes. Il joue sur le détournement. » L’artiste aime ainsi transformer un centre d’art en lieu commercial et inversement. C’est ce qu’il a voulu continuer à Rurart en créant « i-».

Transformer en objet de désir

L’installation épurée se compose d’images grands formats, de deux écrans vidéo, d’une vitrine et d’une affiche. Dans chaque proposition, il fait appel aux codes de consommation des grandes marques. L’artiste a organisé une séance photo avec des mannequins de détail, ici des mains. L’un des modèles est d’ailleurs celui qui apparaît pour les publicités iPhone. A la place de ces objets technologiques, les mains tiennent une motte de terre, qu’elles malaxent. « Elles sont parfaitement ergonomiques : fabriqués sur-mesure, sur commande, uniques. D’une certaine façon, ce sont des bien de consommation suprêmes », indique l’artiste dans sa note d’intention. Il affiche donc cette main et cette motte de manière démesurée, en immense sur des murs de couleurs (vert et bleu iPhone, rose Prada, beige Chanel). Sur une affiche qui n’est même pas à hauteur d’yeux. Derrière une vitrine où la motte coulée en bronze devient objet d’art. « Il veut montrer gambling blackjack online que la frontière entre l’art et le commerce est de plus en plus poreuse. » De loin, tout paraît lisse, quand le visiteur s’approche, il peut voir les plis et les défauts. « C’est volontairement déstabilisant et questionnant. »

Faire entrer la création dans les lycées

Rurart, ce n’est pas qu’un lieu d’exposition. C’est aussi un réseau régional d’action culturelle des lycées de Poitou-Charentes. Ainsi, 12 résidences d’artistes du spectacle vivant, de l’écriture, des arts numériques, de la sculpture … sont programmées dans les établissements régionaux. Rurart réalise une sélection exigeante des artistes, cette année il y a eu 126 candidatures pour 12 places. L’artiste vient avec ses bagages, sa démarche. Il y a une partie sous forme d’ateliers avec les élèves. Un travail pédagogique et préparatoire est réalisé en amont avec les enseignants. Il y a aussi une partie de sensibilisation dans des écoles, des bibliothèques, des entreprises, des maisons de retraite … « Ces résidences nous permettent de tisser des liens culturels entre différentes structures. » De tout ce travail ressort parfois une restitution : une présenta- tion, une exposition, un écrit … « Sur trois mois ou plus, cette résidence nourrit aussi son travail personnel, il s’imprègne du territoire. Côté élèves, ils se confrontent ainsi au travail de création. Cela démystifie l’artiste, fait tom- ber des stéréotypes. »

Mathilde Wojylac

Exposition de Jérémy Hutchison à Rurart jusqu’au 27 avril.

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DEUX EXPOSITIONS À VENIR

Vincent Genco, André Guiboux, Moussa Sarr

Trois jeunes artistes français sont en résidence sur le territoire autour de la question de la perception de cet environnement et de ses imperceptibles changements.
Du 30 mai eu 27 juillet.

Koen Vanmelchelen

Entre art et sciences, cet artiste flamand cherche à créer par croisements, une poule cosmopolite, fruit de toutes le s poules du monde. A travers cette démarche, il pose la question du métissage te de la mondialisation.

Du 2 octobre au 19 décembre. Le Confort Moderne et le Lieu Multiple de l’Espace Mendès-France à Poitiers accueilleront des clins d’œil à l’artiste.
Visite : Entrée libre du lundi au vendredi de 10 h à 12 h et de 14h à 18h et le dimanche de 15h à 18h.Visites commentées pour les groupes sur réservation.

Site web : www.rurart.org