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Pioussay fait ses histoires sur la toile

Château de jouhé

Depuis des lustres, Patrick Ricard collectionne les vieux papiers concernant Pioussay et les environs. Bien des familles lui ont ouvert leurs archives. Tout ce travail aurait justifié un bouquin. Il serait trop épais ! D’où un site internet, économique, facile à compléter, à mettre à jour, qui permet de corriger les inévitables coquilles et fautes d’orthographe… Ce que raconte «pioussay.wifeo.com»

Pioussay, sous l’ancien régime, c’était une paroisse avec un prieuré relevant de l’abbaye de Saint-Séverin en Poitou (près d’Aulnay).De temps à autres, les prieurs ne cachent pas leur indignation face aux seigneurs du pays qui se sont attribués la dime paroissiale, face à l’abbé commendataire de Saint- Séverin qui délaisse l’entretien des bâtiments (église et prieuré). Ce sont aussi plusieurs logis : Villeneuve, La Rogneuse, et Jouhé et son magnifique donjon. Cette seigneurie relevait de la baronnie d’Empuré, du Marquisat de Ruffec, et de l’Angoumois. Chaque domaine seigneurial fait l’objet d’un ou plusieurs paragraphes. Au moins jusqu’à la révolution, ensuite les roturiers s’empareront peu à peu des terres et des logis.

Les habitants étaient accablés d’impôts tant royaux que seigneuriaux. De nombreux actes notariés indiquent les méthodes de recouvrement. Et racontent les supercheries des collecteurs de taille.

Le château de Jouhé

Construit aux XVe et XVIe siècles… «Haute d’environ 30 mètres, la tour forme un parallélogramme surmonté par des consoles supportant une galerie ornée de créneaux et de mâchicoulis. La base est carrée, elle offre jusqu’à 4m du sol la forme d’un tronc de pyramide. Elle abrite des caves voûtées dont les murs mesurent 6 pieds d’épaisseur.» La propriété de Jouhé qui a appartenu presque cinq siècles aux Turpin, est souvent affermée, comme le 27 juillet 1714 quand est dressé un procès-verbal de visite du château, en commençant par les dépendances, le logis et la tour. Une visite dans les moindres recoins, un descriptif précieux.

Le dernier noble propriétaire était Mandé Nicolas Chabot, écuyer, 1781-1856. Il fut maire de Pioussay de 1805 à 1824. Il vend Jouhé en 1824 à François Tallonneau (qui vient de La Jarge, commune de Lorigné dont il fut le maire de 1817 à 1824). Il s’installe à Jouhé et devient maire de Pioussay de 1826 à 1847. Mais le mariage consanguin – entre cousins germains – destiné à accroître son patrimoine en vue de l’achat de Jouhé ne donnera pas de bons fruits. Ses enfants et petits enfants ne vécurent pas vieux…

Le curé Guy témoigne

Joseph Alexandre Guy était le frère de Françoise Guy, Baronne de Bourdeille et deuxième épouse de Jean-Jacques de Bourdeille, châtelain de Saveilles (1744-1824) à la veille de la Révolution. La famille Guy était originaire de Pontarlier en Franche-Comté.

Ce prêtre était curé de Paizay-Naudouin, Theil-Rabier et Pioussay à partir de 1816. Il s’impose avec difficulté. Le conseil municipal renâcle à lui octroyer une chambre, pour lui,et une écurie, pour son cheval, «lorsqu’il vient servir les offices divins». Une série de lettres s’avère précieuse pour éclairer sur le rétablissement du culte à Pioussay. L’église et le presbytère sont en mauvais état, les objets sacrés ont disparu, le linge de messe a été donné «à la Révolution». L’absence de desservant a éloigné les habitants de la religion.

Un curé guérisseur

Célèbre curé guérisseur, l’abbé Pierre Granier, curé de Pioussay de 1860 à 1899, a magistralement animé sa paroisse. Non sans faire l’objet de procès retentissants. Pourtant, on venait de loin pour le rencontrer et se faire soigner. «Au premier coup d’œil, il discernait le mal ou la maladie de celui qui le venait voir, et les remèdes les plus simples capables de guérir ceux pour qui les remèdes prescrits par d’habiles médecins avaient été absolument inefficaces» raconte l’Ami du Clergé en 1902. Sa vie et son oeuvre, la politique, ses démêlés avec la justice, l’assistance d’un condamné à mort guillotiné à Niort… les détails ne manquent pas. Trois auberges seront créées à Pioussay pour recevoir sa clientèle. A Ruffec, à Villefagnan, selon les publicités de l’époque, tout bon hôtelier se devait de mettre à la disposition de sa clientèle des voitures pour Pioussay, avec ou sans cocher. Le curé disparaît en décembre 1899. On l’enterre à Pioussay, mais le 11 mars 1909, Alexis et Basile Granier, ses neveux, l’exhument et le rapatrient à Blanzay dans la Vienne, où il est né. «Le cercueil, en chêne et encore en bon état, a permis son transport tel quel dans un camion conduit par les deux neveux» lit-on dans le procès-verbal du garde-champêtre.

Au centre dela paroisse, Saint-Martin

L’église Saint-Martin de Pioussay, selon la formule consacrée, vaut le détour. D’octobre 1998 à mars 1999, lors des travaux de restauration de l’église, il fut dégagé «un vaste ensemble de peintures murales datées de la fin du Moyen Âge. Du coup, l’église Saint-Martin de Pioussay est devenue un édifice de premier plan dans le patrimoine religieux poitevin». Juste hommage que de lui consacrer un gros chapitre. A deux pas du site gallo-romain d’Embourie riche d’enduits muraux, le promeneur peut doubler son enrichissement culturel en comparant sa découverte avec les peintures murales de l’église Saint- Martin.

Un passé riche, resté longtemps obscur

De nombreuses cartes postales illustrent ce site internet, des vidéos, des coupures de presse. L’histoire de Pioussay, c’est aussi l’histoire des familles de Pioussay. L’agriculture, les laiteries, l’artisanat, le commerce, la vie associative, les délibérations du conseil municipal, le courrier du maire sous le Ier Empire, les affaires communales, les écoles, l’éventail est large. Comme si cela ne suffisait pas, le site emprunte le rail pour raconter l’histoire des lignes de chemin de fer environnantes, de Ruffec à Niort, de Saint-Jean-d’Angély à Saint-Saviol, etc. Et parle de la poste, du télégraphe, du téléphone. Pour faire le lien avec les temps modernes… et Internet. Pour mettre en lumière ce bout d’Angoumois concédé aux Deux-Sèvres.