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Retour sur l’histoire du Moulin Enchantée

vue aerienne moulin enchantee

photo moulin enchantee

Le Moulin Enchanté à Condac, en Nord-Charente, est devenu célèbre pour ses animations nocturnes. Après l’avoir été pour sa piscine. Non sans avoir beaucoup mouliné de la fin du XVIIIe siècle à 1909.

L’histoire du site du Moulin Enchanté est épatante. A l’origine, la Charente alimentait les roues des grands moulins de Condac. Si grands qu’on dit qu’ils étaient illuminés par autant de fenêtres qu’il y a de jours dans l’année. Vrai, il suffit de compter !

Cette minoterie à meules fut construite sur l’ordre du comte de Broglie. La création des moulins de Condac émane de plusieurs facteurs : la mise en œuvre dans tout le royaume à la fin du XVIIIe siècle de la mouture économique destinée à enrayer les disettes, les besoins en farine – entre autres pour les colonies via Rochefort –, et la disponibilité de pierres de taille du fait de l’abandon de l’abbaye de Nanteuil. Un grand bâtiment s’est formé en U et en trois phases, 1765, 1771 et 1785. Le premier corps, établi le long de la Charente, abritait presque tous les appareils de mouture, commandés par une grande roue qu’actionnaient les eaux du fleuve. Le second, le plus long, en retour d’équerre sur le premier, était traversé par un second coursier qui actionnait une autre roue. Le reste du bâtiment était occupé : au rez-de chaussée par les écuries et ser- vitudes diverses ; aux premier et deuxième étages par les salles de manutention et les magasins. Le troisième bâtiment attenant au second et faisant face au premier, limitait une vaste cour. Le moulin fut alimenté par deux coursiers alimentant chacun une roue qui commandait quatre paires de meules. Les moulins furent vendus comme biens nationaux le 22 floréal an III (11 mai 1795). Pendant longtemps ces moulins furent une des plus importantes minoteries du pays, entre les mains de divers propriétaires dont les derniers furent les Lacour (originaires de La Faye). Mais à la fin du XIXe siècle, la concurrence est forte. La mécanisation donne naissance aux minoteries. Les moulins ruraux, pratiquant la mouture à façon, ne peuvent s’adapter et disparaissent. Les zones urbaines concentrent désormais les grandes minoteries, affranchies des contraintes de l’énergie hydraulique et à proximité des grandes voies de circulation. Les établissements devront s’équiper de broyeurs à cylindres pour plus de rendement et délivrer une farine plus blanche et d’un plus grand degré de finesse. Pour les autres, le déclin est amorcé.

Les grands moulins de Condac, non améliorés, seront vendus en 1909 pour être transformés en laiterie. Ils ont été acquis par la Société Française des Produits Lactés, société parisienne fondée le 21 janvier 1909, qui devait y traiter le lait, le beurre et s’occuper de la fabrication de divers sous-produits. On tentera l’installation d’une tur- bine. En 1911, les espérances qu’on avait fondé sur cette transformation ne se sont pas réalisées. On y traitait juste la caséine. Après guerre les établissements Simoneton, filatures et constructions de filtres industriels, pompes et matériel pour le service d’incendie s’implantent à Condac. Mais on n’en saura pas plus. En 1940 le moulin tombe en ruine. Sa démolition partielle est en cours en 1942.

Et le moulin devint enchanté

Le moulin échut à Me Sabelle, huissier à Ruffec. Après-guerre il cède l’exploitation à Maurice Cottinaud. Maurice Cottinaud avait tenu un restaurant en région parisienne. Après la libération, des prisonniers allemands creusent la piscine, plus tard Maurice Cottinaud ouvre un café-restaurant. Dans le café, la roue du moulin sert à poser les bouteilles, le restaurant est à l’étage. Une nuée de cartes postales raconte le site. La fréquentation est importante : piscine, golf, jeux pour enfants, pédalos, et la fameuse île d’amour… Bien des Ruffécois ont d’ailleurs appris à nager dans les eaux sombres et froides du grand bassin. Michel Barry, propriétaire actuel avec son frère Guy et Patrick Laronze, raconte : «Gilbert Tarrairy a racheté le fond de commerce de l’établissement du Moulin-Enchanté à Maurice Cottinaud vers 1970. Il a transformé le restaurant en discothèque vers 1973- 1975». Guy Barry reprend alors la gérance de l’établissement en 1984. Il rachète aux héritiers de Me Sabelle les murs et le fonds de commerce en 1985, refait la discothèque et l’agrandit en 1986, le nouveau restaurant – dans une autre aile qui sera remontée – est créé en 1987. Michel Barry dit Wally ajoute : «La piscine sera bouchée en 1986, les normes et les risques étaient trop contraignants, et il y avait la baisse du niveau de la Charente car la retenue du moulin était cassée, ce qui ne permettait plus d’assurer la mise à niveau de la piscine facilement…» En 1987, Patrick Laronze ouvre le restaurant dans une aile du moulin, la plus ancienne du bâtiment qu’il a fallu totalement remonter, «les ronces avaient élu domicile à l’intérieur».

Et cela fait plus de trente ans que ça dure ! Le Moulin Enchanté est devenu le rendez-vous des noctambules, des générations sont passées. Wally, tout juste soixante ans, prend un coup de vieux lorsqu’il voit arriver à sa porte les enfants voir les petits-enfants d’un de ses anciens clients !

Pascal Baudouin

PRATIQUE

Discothèque ouverte le vendredi de 23h à 5h du matin, le samedi de 23 h à 6 h du matin. Entrée : 6€ le vendredi et 10€ le samedi. Restaurant ouvert tous les jours midi et soir sauf le lundi et le samedi midi.