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Utopia Tattoo, la tradition dans la peau

Portrait de Sylvain Koenig tatoueur

Dessin en cours tatouage

Gravure tatouage

Si l’art du tatouage s’est récemment démocratisé, « Keuns », nage plutôt à contre-courant. La quarantaine dynamique, ce tatoueur autodidacte s’affiche comme l’un des derniers indépendants du secteur. Portrait d’un professionnel ancré dans la tradition de son métier.

Ouverte depuis près de 10 ans, la boutique Utopia Tattoo est avant tout un rêve devenu réalité. « J’ai réalisé mes premiers dessins corporels très tôt, avant même d’être en âge de travailler. Après avoir fait mes armes chez mes collègues, il me fallait un lieu où je pouvais partager cette passion librement. L’ouverture d’un atelier était bien sûr la solution idéale. » Keuns accueille sa clientèle dans une décoration éclectique, mêlant modernisme et art chinois, qui se veut rassurante. La mezzanine est la salle de travail, cocon stérile à la frontière entre cabinet de médecin et salon privé. « L’hygiène est la première priorité pour un bon tatoueur. Rien n’est laissé au hasard, tout mon matériel est à usage unique, les gants sont de rigueur et je veille bien sûr à la stérilisation de la pièce. » Du fauteuil jusqu’au bureau, en passant par les lampes, tout est soigneusement protégé et l’enthousiasme de Keuns contribue très vite à calmer les esprits les plus craintifs.

Une dimension culturelle et humaine

Ouvert et très à l’écoute, n’hésitant pas à apporter les corrections nécessaires au projet artistique de son client, il se réserve cependant le droit de refuser une certaine clientèle : « Il arrive souvent que l’on vienne me présenter une photographie tirée de la presse people, en exigeant le même dessin, le même tracé que les tatouages des stars de la télé. C’est avant tout une forme d’expression personnelle, certainement pas une mode à suivre. Il ne faut pas oublier que le résultat est permanent. » Bien que chacun des tatoueurs suive sa propre voie, un réseau s’est progressivement créé entre eux, illustré par de nombreux projets collectifs, tels que des conventions nationales ou des « artbooks » rassemblant des œuvres venant de tous horizons.

La méthode traditionnelle en péril

Keuns et certains professionnels indépendants du secteur redoutent la démocratisation massive de cet art et les restrictions qui l’accompagnent. « Le tattoo devient aujourd’hui un outil marketing, il perd peu à peu son sens premier. De nombreux locaux ouvrent depuis peu, embauchant des jeunes diplômés d’écoles d’art ayant une faible connaissance du terrain, encore moins la culture qui l’entoure. En même temps, on nous impose des normes d’hygiène de plus en plus sévères qui poussent de nombreux collègues à fermer boutique, se désole le tatoueur. Si les choses continuent ainsi, ce sera toute la branche traditionnelle qui disparaîtra. » Si le travail précis et soigné de Keuns reste une référence dans le cœur de ses clients, il ne compte pas en rester là. « Les autres tatoueurs et moi avons pour projet de nous réunir au sein d’une même boutique pour lutter contre la concurrence, garder notre indépendance et nous développer. »